
Ce vide dans lequel tu pourras enfin être ce que tu as toujours été sans plus aucune prétention de te connaître, ni de maitriser quoi que ce soit
Les fuites du Réel
Tu dis que tu as peur de la solitude.
Puis, tu vois que ce n’est pas tout à fait cela alors tu dis que tu as peur d’éprouver tout ce que tu as perdu.
Mais ce sont que des histoires, des récits que tu fabriques pour ne pas sentir le lieu nu où le Réel t’attend.
C’est ainsi qu’est construit un psychisme humain, il ne peut survivre qu’à travers six fuites et pas une de plus.
Tu fuis par le sens, par les autres ,par le passé, par le futur, par le haut ou par le bas.
Tu fuis pour ne pas voir que la solitude réelle n’a jamais été une menace,
qu’elle n’a jamais demandé que tu la comprennes, que tu la nommes ou que tu la justifies.
Tu fuis pour ne pas sentir ce vide ontologique, cette densité silencieuse qui ne vient pas de ce que tu as perdu, ni de ce que tu crois devoir retrouver mais de ce qui te donne un goût de « gravité ».
Ce vide ne vient même pas de toi.
Il ne vient pas de ton histoire, ni de ta mémoire, ni même d’un manque.
Il est là avant tes récits, avant tes peurs, avant tes fuites.
Il est le Réel dans sa forme première, sans décor, sans promesse et sans explication.
Et toute ta stratégie, toute ta rationalisation, toute ta nostalgie, n’a qu’un but : retarder ce moment où tu verras..
Ce moment où les histoires tombent, où les peurs se taisent, où les pertes s’effacent.
Ce moment où tu verras simplement, comment tu t’es éloigné du Réel.
Non pour te juger, ni pour comprendre quoi que ce soit..
Juste pour reconnaître la mécanique de ta fuite.
Ainsi tu verras que tu n’as jamais fui la solitude, que tu n’as jamais fui le passé, que tu n’as jamais fui vers ce que tu croyais avoir perdu
Tu as fui juste ce que tu appelles « le vide » , ce vide qui t’a toujours fait peur en dedans.
Ce vide qui ne demande rien, qui ne promet rien et qui ne raconte rien.
Mais vois-tu, ce vide est le Réel, avant que ton psychisme ne s’en échappe.
Vois-tu , sans le savoir, tu avais juste peur de la Vie en croyant te consacrer à ce que tu appellais « ta vie », comme un rempart ultime au Réel..
Ce vide dans lequel tu pourras enfin être ce que tu as toujours été sans plus aucune prétention de te connaître, ni de maitriser quoi que ce soit.