LES TROIS STRUCTURES RELATIONNELLES

Les trois architectures relationnelles

Dans l’architecture du réel, toutes les relations ne relèvent pas du même plan.

Le psychisme tend à les confondre parce qu’il les traduit toutes en affect, en attachement, en désir, en rejet ou en histoire. Pourtant, sous le récit, trois architectures distinctes peuvent être observées.

  1. Relation d’empreinte ou la naissance de la forme psychique.

Ce sont les relations fondatrices du psychisme.

Elles apparaissent très tôt dans l’existence avant même le verbal et produisent une première organisation intérieure. C’est la naissance de l’horizontalité de l’être.

Elles ne sont pas construites à partir de ce qui est réellement rencontré, mais à partir de la première impression laissée dans la structure.

Cette impression devient une empreinte.

L’empreinte agit ensuite comme un moule invisible. Ce moule va construire le psychisme.

Le psychisme ne rencontre plus directement les êtres.

Il rencontre l’empreinte.

Il projette sur les situations présentes une architecture ancienne qui cherche sans cesse à se confirmer ou à se réparer.

L’autre devient alors support d’une mécanique inconsciente.

Ce qui est recherché n’est pas la réalité de l’autre.

C’est la résolution de l’empreinte.

Tant que celle-ci demeure active, le regard reste orienté vers le passé structurel.

L’énergie du psychisme sert alors à maintenir, compenser, protéger ou répéter cette organisation première.

  • Les relations horizontales ou relations miroir (cœur de l’intra-psychique)

Ce sont les relations les plus communes, elles sont légions dans la vie humain.

Lorsque l’empreinte s’organise dans le psychisme, elle génère un champ de relations répétitives.

Ce sont les relations horizontales.

Elles fonctionnent sur le principe de l’échange, de l’identification, du besoin, de l’affinité ou de la complémentarité.

Elles sont largement interchangeables.

Lorsqu’une personne quitte le champ, une autre peut souvent occuper la même fonction psychique.

Le visage change mais la structure demeure.

Ces relations alimentent le récit personnel.

Elles permettent au psychisme de construire son histoire, ses appartenances, ses références et ses sécurités.

Elles sont nécessaires à la vie humaine car elles font avancer dans l’horizontalité de la vie humaine.

Toutefois, elles ne conduisent pas d’elles-mêmes à la verticalité.

Elles se déploient à l’intérieur du champ narratif.

Le mouvement principal reste horizontal : échange, comparaison, réassurance, reconnaissance mutuelle, partage d’expérience.

Le psychisme s’y reconnaît parce qu’il y rencontre continuellement sa propre image.

Ces relations participent ainsi à la circulation du récit à l’intérieur du moule psychique de l’empreinte.

  • Les relations-seuil ou la porte de la verticalité

Les relations-seuil appartiennent à tout autre architecture. Elles pointent vers le réel et la verticalité.

Elles apparaissent rarement et ne sont pas interchangeables.

Elles surgissent lorsqu’une structure particulière doit être révélée et traversée.

Ce ne sont pas nécessairement des relations harmonieuses.

Elles peuvent être simples, silencieuses, intenses, déstabilisantes ou même inachevées sur le plan du récit.

Car leur fonction n’est pas narrative.

Leur fonction est architecturale. Elle vise l’architecture invisible mais réelle en amont du psychisme.

Une relation-seuil agit comme une porte.

Elle expose directement la limite d’une empreinte.

Elle révèle ce qui organise encore secrètement le psychisme.

Là où une relation horizontale permet au récit de continuer, la relation-seuil rend le récit insuffisant.

Les explications ne fonctionnent plus.

Les interprétations ne résolvent rien.

Les stratégies habituelles échouent.

La structure devient visible.

Pourquoi ces relations ne sont-elles pas interchangeables ?

Parce qu’elles ne viennent pas remplir une fonction psychique.

Elles viennent ouvrir un passage.

Or un passage ne peut être remplacé par un autre.

La structure qui s’est présentée demande à être traversée là où elle est apparue.

La relation-seuil appartient donc au même champ que ce qu’elle révèle.

La résolution ne consiste pas à changer de personne.

La résolution consiste à traverser la mécanique qui se montre à travers cette personne.

C’est pourquoi certaines rencontres continuent d’agir même lorsque le lien extérieur est terminé.

La structure n’est pas terminée tant que le passage n’est pas accompli.

De la porte à la verticalité

À mesure que l’empreinte se dévoile et cesse d’organiser la perception, quelque chose se déplace.

Le psychisme perd progressivement sa position centrale.

Le récit devient moins important.

Les explications deviennent secondaires.

L’attention commence à se tourner vers ce qui précède le récit.

Vers ce qui est là avant l’interprétation.

C’est l’approche de la verticalité.

La verticalité n’est pas un état supérieur.

Elle n’est pas une qualité ni une évolution psychologique.

Elle correspond à un rapprochement avec la structure réelle de l’être.

Là où le psychisme vit à travers les images qu’il produit, la verticalité permet l’apparition de ce qui existe en amont des images.

Les relations-seuil sont souvent les portes de ce déplacement.

Non parce qu’elles apportent quelque chose.

Mais parce qu’elles rendent visible ce qui empêchait déjà d’être vu.

La Relation-seuil est la révélation de la limite de la forme psychique pour accéder à la verticalité. C’est l’accès à l’architecture antérieure au récit.

Le Réel de l’être est ce qui demeure lorsque l’empreinte n’organise plus le regard.

Ainsi, du point de vue de l’architecture du réel, certaines relations servent à construire le psychisme, d’autres à le maintenir, et quelques-unes seulement à montrer la porte par laquelle il peut être traversé.

4) Comment reconnaître une relation-seuil dans une situation réelle ?

Du point de vue de l’Architecture du Réel, la difficulté vient du fait que le psychisme interprète d’abord toute relation comme une relation horizontale.

Il cherche à savoir :

•est-ce que cette personne m’aime ?

•est-ce que cette relation est bonne ou mauvaise ?

•faut-il rester ou partir ?

•pourquoi cela me fait-il souffrir ?

•que veut dire cette histoire ?

Autrement dit, le psychisme lit le contenu.

La structure, elle, regarde la fonction architecturale de la relation.

Une relation-seuil se reconnaît moins à son intensité qu’à sa fonction.

  • Premier indice : la relation ne se laisse pas remplacer

Dans une relation horizontale, lorsque le lien se termine, une autre personne peut progressivement occuper la même place.

La structure continue simplement avec un autre personnage.

Dans une relation-seuil, ce remplacement ne fonctionne pas.

Même après des années.

Même après de nouvelles rencontres.

Même lorsque le récit est terminé.

Quelque chose demeure ouvert.

Non par attachement, non par nostalgie mais parce que la structure qui s’est révélée à travers cette personne n’a pas encore été traversée.

La personne n’est pas le problème, c’est le champ relationnel qui agit.

La personne est la porte du fait de son champ.

  • Deuxième indice :  Le récit devient insuffisant

Le psychisme adore expliquer.

Une relation horizontale peut être racontée à l’infini.

La relation-seuil produit l’inverse.

Plus le récit s’allonge, moins il explique.

Quelque chose résiste à la compréhension psychologique.

Les justifications tournent en boucle.

Les analyses se répètent.

Et pourtant la question demeure intacte.

Lorsque le récit ne suffit plus, la structure commence souvent à apparaître.

Troisième indice : elle révèle une empreinte fondamentale

Une relation horizontale sollicite des habitudes psychiques.

Une relation-seuil touche l’organisation même du regard.

Elle révèle :

•une peur fondamentale ;

•une attente fondamentale ;

•une dépendance invisible ;

•une identification centrale ;

•une croyance structurelle.

Elle ne crée pas cette mécanique, elle la montre.

La porte n’ajoute rien. Elle éclaire ce qui était déjà là.

  • Quatrième indice : elle oblige à changer de plan

La plupart des relations permettent au psychisme de continuer à fonctionner selon ses habitudes.

La relation-seuil bloque cette continuité.

Ce qui fonctionnait avant cesse soudainement de fonctionner.

Les anciennes réponses deviennent inopérantes.

Le regard est alors contraint de quitter le plan psychologique pour s’orienter vers le plan structurel.

C’est à cet endroit que commence la verticalité.

5) Illustration des trois architectures relationnelles

  1. Relation d’empreinte (le bébé et in utéro)

Architecture

Un bébé découvre vibratoire ment et non psychologiquement que l’attention de l’autre est imprévisible. Parfois présente, parfois absente. C’est comme une discontinuité dans le champ relationnel.

Le psychisme, avant même les mots, enregistre alors :

« Je dois mériter la présence. »

Cette première impression devient une empreinte.

L’empreinte n’est pas forcément vraie.

Mais elle devient une structure.

Conséquence

Des années plus tard, la personne continue inconsciemment à chercher la même configuration.

Elle est particulièrement sensible aux personnes indisponibles ou difficiles à atteindre.

Le psychisme tente de résoudre son empreinte originelle.

La relation actuelle n’est alors que le prolongement d’une architecture ancienne.